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Zek II: L'exil intérieur

Tuesday, January 25, 2005

Calimero strikes back

Un article de l'apparatchik Jeanneney résume à lui seul un bon nombre des tares qui affligent ce pays qui vit en négatif et pompe à rebours. En gros, ce monsieur s'inquiète que le projet d'un consortium de prestigieuses universités américaines de mettre en ligne des centaines de milliers d'ouvrages du domaine public à l'usage gratuit des internautes ne renforce la domination américaine sur le monde. Je ne reviendrai pas sur le tic caractéristique de nos élites, qui consiste à s'inquiéter de tout ce qui est bien, à applaudir à tout ce qui est mal, et à répéter inlassablement le contraire de ce qui est vrai, tout en s'employant à censurer la vérité.
A la lecture de ce rafraîchissant essai citoyen, on peut énumérer un certain nombre de syndrômes.

Le syndrôme du roquet qui jappe aux pieds de son maître: ni les gesticulations impuissantes de M. Jeanneney, ni Chirac, ni les observatoires de tout poil, ni José Bové, ni Kofi Annan n'ont le pouvoir (et encore moins le droit) d'empêcher les meilleures universités du monde de diffuser la culture sur le web si ça leur chante. Cet article est une parfaite perte de temps, tout comme les discours moralisateurs des pourfendeurs de l'hégémonie américaine qu'on doit ingurgiter quotidiennement.

Le syndrôme collectiviste: les américains n'ont nulle intention de nous imposer Aristote en ligne, pas plus qu'ils ne nous forcent à manger des hamburgers, revêtir des casquettes de base-ball, cloner la gay-pride ou écouter leur "musique". Les gens sont libres de consommer ou ne pas consommer ces produits et si les distractions et modes de vies américains gagnent du terrain, c'est faute d'une alternative suffisamment attractive de la part des producteurs de memes européens ou autres, prisonniers de leurs idéologies, de la tutelle étatique et des entraves à la liberté.

Le syndrôme égalitariste du nivellement par le bas: l'idée que la réussite de certains lèse les médiocres, est un facteur de domination, alors même que les premiers ne demandent rien aux seconds, qu'ils ne savent même pas qu'ils existent, et que ceux-ci ne peuvent (dans le cas qui nous préoccupe) que profiter de cette réussite. La volonté de nuire aux gagnants, de leur interdire d'entreprendre et de les priver du fruit de leur travail, au nom d'une soi-disant justice sociale.

La paille et la poutre: M. Jeanneney s'inquiète des biais "anglo-saxons" des ouvrages qui seront mis en ligne, qui renforceraient la domination culturelle des US. Que M. Jeanneney se rassure. Sartre et Derrida figurent en bonne place au hit-parade des campus d'outre-atlantique, tandis que Ayn Rand n'est même pas traduite en français. Le jacobin collectiviste a éradiqué les philosophes catholiques, les écrivains conservateurs, les théories politiques libérales, des programmes scolaires, et il a bridé la liberté d'expression au point qu'écrivains et journalistes passent régulièrement devant les tribunaux. Cela ne l'empêche pas de donner des leçons de diversité à la terre entière.

Quelques remarques pour conclure.

Oui, l'Amérique domine l'Europe. Et cela depuis 1918 au moins. On ne commet pas deux tentatives de suicide sans en sortir passablement affaibli.

Les intellectuels français devraient cesser de "faire comme si" la France avait gardé la moindre influence culturelle sur le reste du monde. Les films avec Vanessa Paradis, les romans de Beigbeder, les chansons de Souchon, cela ne tient pas lieu de culture et n'intéresse personne. La France ne produit plus de culture. Parce que ses universités (sous l'effet, je le précise, de la syndicratie, et pas du "manque de moyens", puisque ces derniers explosent vertigineusement) sont des casernes à chômeurs délabrées, où des profs inamovibles anônent les mêmes cours obsolètes depuis trente ans, et où les bibliothèques n'ont pas de livres et les personnels à statut s'empressent de fermer les locaux pour faire respecter les horaires bureaucratiques. Parce que ses "intellectuels" ne sont plus que des signeurs de pétitions stipendiés, dispensés de produire du savoir. Parce que l'élite culturelle est un clique incestueuse et repliée sur elle-même, auto-recrutée, et tellement fermée à la vie et à l'intelligence qu'elle ne peut plus nous servir que de plates réflexions sur son quotidien et les turpitudes frimeuses de sa vie sexuelle.
Les universités américaines sont devenues le centre névralgique de la culture occidentale. Parce qu'elles produisent le savoir en attirant les gens les plus brillants. Parce qu'elles le conservent dans leurs bibliothèques exhaustives, ouvertes jour et nuit, et pleines à craquer de livres, à comparer avec nos médiathèques mitterandiennes, ces montagnes de béton à la Caracalla, avec quelques rares ouvrages de vulgarisation rangés sur des rayons étiques, perdus dans les salles monumentales de ces temples de pharaon déchu. Au pragmatisme américain, à sa volonté de rémunérer le talent comme il le mérite, nous ne savons opposer que le mythe de la table rase, des fictions égalitaires, et de la grandiloquence idéologique.
La culture est la fleur magnifique qui éclot sur la branche robuste d'une économie prospère. Elle est le fait de riches mécènes excentriques, de marchands prêts à risquer gros sur un artiste, de producteurs de cinéma audacieux, d'une classe moyenne éduquée et intellectuellement autonome. La culture confisquée par la nomenklatura étatique est une culture morte. Et lorsque l'on tarit la sève de la branche au nom d'une idéologie erronnée qui oppose culture et économie -- et plus généralement par haine de la réussite matérielle de l'individu -- alors la culture n'en a plus pour longtemps.

Sunday, January 23, 2005

Incipit

Après deux mois d'absence, je mets en ligne ce nouveau blog dont l'ambition est d'approfondir mes réflexions sur l'effondrement rapide de la civilisation européenne. Zek's Blog: Only the paranoïd survive est une oeuvre close, un catalogue amer et ironique des symptômes délirant de cet effondrement; c'est le témoignage d'un être qui a appris, dans son enfance, un certain ordre des choses, qu'il voit s'effondrer sous les coups de boutoir du carnaval pervers que les bourgeois gâtés de Mai 68 nous jettent à la figure quotidiennement, et qui a la faiblesse de croire que cet ordre ancien était plus naturel et plus heureux que le chaos d'arbitraire et d'hypocrisie -- et son inévitable cortège de contradictions -- qu'on lui a substitué.
Je veux désormais traiter les inconséquences et la veulerie de mes prétendus compatriotes comme les menus travers d'un peuple étranger et incompréhensible. Le hasard m'a fait naître dans un pays où l'on passe en justice pour xénophobie, tandis qu'une feuille de chou intitulée "l'Anti-Américain" vomit sa haine impunément; où les mêmes "enseignants en colère" (des gens payés pour ensiegner la logique et l'arithmétique à nos enfants...) défilent en 2003 contre l'allongement de la durée des cotisations, et en 2005 pour "défendre le pouvoir d'achat" érodé par la hausse des prélevements sur leur salaire. J'ai longtemps eu honte d'être français, des cocoricos et des rodomontades de ces êtres légers pour lesquels la parlotte compte plus que l'action; et des inévitables munichs et débandades en tous genres qu'implique nécessairement cette attitude irresponsable; je désire maintenant me laver les mains de la connerie suicidaire de ce non-peuple, et le considérer avec la même indifférence que les Norvégiens ou les Tamouls--je suis un étranger exilé au milieu de gens que je ne comprends pas. Ce qui se passe ici ne me concerne pas plus que n'importe quelle déclaration d'un dictateur africain ou qu'un règlement de comptes dans le port de Buenos-Aires. Je ne veux plus me servir de l'actualité que froidement, dans la mesure où elle peut nourrir ma réflexion sur des problèmes généraux. Mes coups de gueule proprement dits seront brefs et réservés au forum des "Pères Fondateurs".
On a fort bien préparé les Français à la tyrannie qui les attend. La soi-disant construction européenne les a habitués à subir le joug d'idéologues qu'ils n'ont pas choisis et qui leur imposent un destin qu'ils désapprouvent. Les gens n'ont pas la moindre idée de la composition de la Commission Européenne, aucune de ces personnes, ni aucun député du Parlement Européen, ne s'est donné la peine de faire campagne devant eux. Ceux qu'ils ont élus leur expliquent en rigolant que ceci ou cela est inévitable parce que "Bruxelles l'exige". On leur demande d'approuver une interminable "constitution" non pas au nom du contenu de cette constitution mais pour ne pas trahir un idéal sacré, qu'on s'évertue par ailleurs à vider de tout contenu: les europhiles turcophiles qui ont éradiqué tout visage humain sur les billets de banque seraient bien en peine de nous expliquer ce qu'est l'Europe. La majorité des gens sont opposés à l'entrée de la Turquie, tout en étant persuadés qu'elle se fera de toute façon, puisque dans ces affaires leur opinion ne compte pas et que seul importe de sauver les apparences démocratiques. Les "responsables" politiques sont d'ailleurs du même avis et temporisent, pensant faire avaler la pilule d'une façon ou d'une autre, avec le temps.
Le politiquement correct a entériné l'existence d'aristocraties jouissant de privilèges inouïs: quotas, subventions, places réservées..., et qu'il est interdit de critiquer. Depuis l'infâme loi sur l'homophobie (où figurait-elle dans le programme électoral de Jacques Chirac?), il existe des droits que les Iraniens ont et que les Français n'ont pas...on les convaincra peut-être un jour de troquer un système où il est interdit de critiquer les représentants autoproclamés des homosexuels, contre un autre où il est interdit dire du mal du clergé, qu'est-ce que ça peut leur faire?
Décisions venues d'en haut contre lesquelles on ne peut rien, compartimentation de la population en tribus dont certaines sont au-dessus des autres: les conceptions des Lumières ne sont plus que de fragiles bibelots de musée.