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Zek II: L'exil intérieur

Thursday, February 17, 2005

Les frontières qui s'estompent

Je ne suis pas totalement satisfait du texte suivant, en particulier parce que mes idées ne sont pas (encore) totalement claires. Je le poste néanmoins, espérant trouver le temps de le retravailler ultérieurement.
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Une maladie caractéristique de notre époque est la dissolution de beaucoup de frontières qui structuraient auparavant notre existence.
La frontière entre le décent et l'indécent: ce dernier était confiné entre les murs des maisons closes, délimité par les recommendations papales ou autres, les interdictions aux mineurs, et les brigades des moeurs. On pouvait se rendre au théâtre, au cinéma, à une conférence ou à une exposition avec la certitude qu'un minimum de bienséance serait respecté. Inversement, on se rendait dans un mauvais lieu -- estampillé comme tel sans ambiguïté -- en pleine connaissance de cause, on laissait les convenances au vestiaire et on ne pouvait se plaindre après coup d'être choqué. Dans les deux cas, un pacte clair unissait l'acheteur et le vendeur sur ce qui était licite ou non dans la transaction. De nos jours, la pornographie infeste les magazines généralistes, les émissions de radio comiques, les mises en scène de théâtre classique, les ballets contemporains prestigieux, les séries télé diffusées en prime-time, et les affiches publicitaires géantes des couloirs du métro. On a fermé les bordels et c'est la vie quotidienne qui prend des allures de bordel.
La frontière entre l'enfance et l'âge adulte. Des enfants parfois très jeunes sont exposés, dans l'indifférence -- quand ce n'est pas l'approbation -- parentale, à des discours et des spectacles qu'on devrait leur épargner. Outre les dérives pornographiques que je viens d'évoquer, on peut mentionner un soi-disant "journal des enfants" (éditions Bayard, je crois), quotidien plus vrai que nature, qui au nom d'une soi-disant transparence se complaît dans les reportages sur les exactions de sadiques de tous ordres, sans oublier Auschwitz et votre génocide favori, et des articles abondamment illustrés sur la reproduction, le sida, les capotes, les maladies sexuellement transmissibles, et autres totems du "milieu associatif". Ce quotidien et bien d'autres publications du même acabit, remarquables par leur ambiance glauque et la part nulle du rêve et de l'imagination dans leur contenu, ont l'aval de tous les offices catholiques et laïcards de la terre et figurent en bonne place dans les bibliothèques des écoles primaires. De nombreux très jeunes enfants y sont abonnés et leur parents sont fiers qu'ils soient informés précocement des dessous de l'affaire Baudis-Alègre-et alii et des techniques de pointe du docteur Mengele. Dans les livres de lecture de l'école primaire abondent les textes à la sauce science-po, au langage institutionalo-pédant, prétendant initier les mômes de CE2 aux "grands problèmes du monde contemporain". Exit Lucky Luke, nos chers petits seront "citoyens" avant l'âge! Alors que les adultes sont eux-mêmes infantilisés par la prise en charge intégrale du matricarcat collectiviste, les enfants sont prématurément transformés en adultes sinistres et apathiques, par cette logorrhée d'informations déprimantes qui les empêche de développer leur imagination.
La frontière entre le permis et l'interdit. Le cannabis est interdit, l'alcool est permis, mais on risque moins à conduire avec soixante-dix pétards dans le citron qu'en ayant bu deux chopes de bière. Le tapage est interdit, sauf quand il est organisé par l'Etat dans le cadre d'une "teuf" quelconque ou d'une "rave" autorisée par les officiels. Comment se plaindre ensuite que les flics, payés la semaine précédente pour encadrer la techno-parade, refusent de venir faire entendre raison à un voisin trop bruyant? Le meurtre est interdit, mais balancer un pavé sur un adversaire politique ou un flic au cours d'une manifestation n'est jamais poursuivi. L'abus de biens sociaux est sévèrement puni, sauf quand il provient d'un membre émérite de l'aristocratie d'Etat, sûr alors d'obtenir l'absolution de la tribu. Les allusions de Le Pen et Gollnisch les mènent en prison, tandis que Dieudonné crache impunément sa haine antisémite. Le frontière entre le permis et l'interdit devrait être facile à déterminer: ce qui nuit à l'intégrité physique et à la propriété d'un autre individu est interdit, ce qui ne lui nuit pas est permis. Il y a des zones d'ombre, comme la diffamation; mais ces zones sont, de façon inutile et perverse, de plus en plus larges. On pénalise ce qui ne nuit à personne, et on autorise et encourage le viol de la tranquillité, de la liberté de circuler, etc, sans même mentionner les atrocités de facto autorisées par l'incurie juridico-politicienne.
Les supporters de l'époque clameront qu'ils s'accomodent très bien de tout cela, qu'ils veulent jouir sans entraves, et que les "frontières structurantes" que je défends ne sont qu'un relief d'hypocrisie bourgeoise.
Pourtant, l'être ne peut s'épanouir qu'au sein d 'un paysage spirituel aux contours bien délimités.
Imaginons un crépuscule permanent, où le jour et la nuit se mélangeraient constamment, où les rythmes et les contrastes de la vie disparaîtraient; nous deviendrions fous, n'est-ce pas?

Monday, February 07, 2005

Non cogito ergo non sum

Je suis convaincu que le but poursuivi par les gauchistes qui régissent notre existence est l'abolition pure et simple de l'individu, son remplacement par une masse informe d'organismes décérébrés et contrôlables à souhait. Les preuves abondent: uniformisation des moeurs par le biais d'une éducation castratrice et du lavage de cerveau des médias, bridage de la liberté d'expression, censure des créateurs rebelles aux canons idéologiques et esthétiques du pouvoir, persécution des entreprises et travailleurs indépendants, embrigadement de la jeunesse par l'hystérie de masse sous couvert de "fête" et de "solidarité", interdiction faite aux personnes de se défendre face aux assauts des meutes et hordes diverses, substitution à l'identité individuelle d'identité collectives fondées sur la race, les préférences sexuelles, ou la nationalité, pour autant qu'elles aient des connotations victimaires, etc.
Les conservateurs de tradition maurrassienne, eux, de Chevènement à Alain de Benoist en passant par Houellebecq et De Villers, accusent au contraire les gauchistes de promouvoir un individualisme forcené, une recherche de la jouissance personnelle sans entrave, qui se fait au détriment du tissu social, de la famille, de la nation, du village, c'est-à-dire des diverses tribus qui d'après eux jouent un rôle
prépondérant dans la formation de la culture, et auxquelles l'individu devrait être subordonné.
Leur accusation est donc rigoureusement l'inverse de la mienne; là où je vois les effets destructeurs du collectivisme, ils voient les conséquences de l'isolement et du manque d'entraves d'individus déboussolés par l'excès de liberté: drogue, grossesse adolescente, maladie vénerienne, criminalité...les maux actuels sont à leurs yeux le résultat de la dégradation du contrôle social auquel la collectivité soumettait jadis la personne.
La résolution de cette contradiction se trouve dans la distinction entre individu et organisme. La bestialité promue par les gauchistes n'est nullement individualiste -- ils aiment d'ailleurs les partouzes, la promiscuité et la baise de masse tout comme ils apprécient les manifs, sit-in, pétitions et autres comportements de troupeau -- elle prétend au contraire asservir l'individu à son organisme pour mieux le fondre dans la masse. Un individu n'est pas un corps, c'est quelque chose qui se construit à partir de la conscience, et on peut détruire cette conscience par la captivité, le travail forcé, le harcèlement politique, la calomnie, la manipulation, c'est à dire par les armes traditionnelles du tchékisme. Mais on peut aussi la tuer en la faisant étouffer par le corps qui l'abrite, en tranformant ce corps en un Moloch avide de diverses excitations nerveuses, pour l'abrutir l'homme au point de ne plus savoir qui il est. L'individu n'est pas donné a priori, ce n'est pas parce qu'on dort et qu'on mange qu'on peut prétendre à ce titre. L'individu se construit à partir de sa conscience, grâce à ses interactions avec le monde extérieur: lecture, expérience de la vie, réflexions personnelles, succès, échecs, souffrances, éducation ... Coupez l'individu de ces interactions, que ce soit par les stupéfiants, les musiques tonitruantes, la télévision, le matraquage pornographique, rendez-le l'esclave d'un organisme affaibli, déséquilibré par ses hormones, en manque constant de nourritures chimiques, vous aurez là un matériau aussi propice au collectivisme absolu que tous les goulags de Staline.