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Zek II: L'exil intérieur

Thursday, March 24, 2005

De deux catégories répandues de faux libéraux (avec un modeste clin d'oeil à La Bruyère)

Le collectiviste pragmatique.
Lycandre est un grand commis de l'Etat. C'est un altruiste éclairé aux costumes impeccablement taillés. Il hante les réunions interministérielles, et s'interroge sur les "curseurs" qu'il faudrait ajuster pour améliorer le bien-être collectif. Pour lui, les Français sont un parterre de fleurs; il y a toujours quelques épines à tailler, quelque portion du paysage social où il faut remettre de l'engrais, quelque bosquet défraîchi qu'il faut copieusement arroser. Mais Lycandre n'est pas un naïf; on lui a appris à Science-Po tout ce qu'il faut savoir (et rien que cela) sur les "effets d'aubaine", les "effets pervers", les "trappes fiscales", les "substitutions" et les "distorsions". Il est le premier à tonner contre la gabegie étatique, l'irresponsabilité fiscale et la redistribution inconsidérée. Lycandre a des propositions tout à fait raisonnables, chiffrées, qui coûteraient tant de milliards et créeraient tant d'emplois pendant tant d'années, et qui visent à éliminer quelque grotesque gaspillage ou incitation éhontée à la paresse. Les propositions de Lycandre le font classer par la CGT parmi les dangereux suppôts de "la politique ultra-libérale du gouvernement Raffarin à la solde du Medef alors que les profits ne cessent d'exploser tandis que le pouvoir d'achat s'amenuise sous l'effet des délocalisations...".
Mais pour cet "ultra-libéral", l'Etat ne doit devenir plus efficace que pour mieux s'immiscer dans la vie des gens. Il ne se plaint pas que l'on redistribue trop, mais que l'on redistribue mal et que si l'on redistribuait mieux on pourrait redistribuer plus. Aucune allocation ne doit être supprimée, elle doit simplement être ajustée pour mieux prendre en compte les "incitations individuelles". Le système fiscal doit être amélioré, non pas pour réduire l'extorsion et le harcèlement, mais pour "dégager des marges de manoeuvre permettant de réaffirmer le rôle de l'Etat dans ces domaines-clés que sont l'éducation, la culture, la santé, la solidarité, l'audiovisuel, la politique de la ville, la citoyenneté, les jeunes, l'insertion des handicapés, le vivre-ensemble, la démocratie de proximité, le développement durable, etc, etc, etc".
Lycandre est comme le mécanicien d'un Panzer, qui rêve d'une machine nerveuse et parfaitement huilée, et qui n'aime pas trop penser à ce que le conducteur en fera.
L'aigri envieux
Alcide est notaire à Montauban. Il n'a pas son pareil pour s'indigner contre les "allocations"--surtout d'ailleurs lorsque ce sont les "bougnoules" et les "ratons" qui les touchent. Tous les jours il peste contre un nouveau scandale, et ce ne sont pas les anecdotes qui manquent pour alimenter sa mauvaise humeur: branleurs théâtreux subventionnés, RMistes en goguette à Madagascar, cumulards illicites d'aides en tous genre, nomades qui font casquer les Assedic de plusieurs départements, camés qui se fournissent gratuitement auprès de la DDASS, etc. Faudrait voir à donner un grand coup de balai et remettre tout ce beau monde au boulot...
Oui mais la place d'opéra d'Alcide coûte mille francs au contribuable, et Alcide trouve cela parfaitement normal. Alcide gagne cent cinquante mille francs par mois pour recopier des documents administratifs, et il ne faut surtout pas toucher à la profession de notaire. Mademoiselle Alcide prépare pharmacie, et il ne faudrait surtout pas que n'importe qui puisse ouvrir une pharmacie n'importe où, sinon où irait-on? Et Madame Alcide lorsqu'elle s'est arrêtée de travailler au Crédit Agricole, a enfilé un bon congé de maternité, unne bonne année de chômage indemnisé, un bon congé parental...alors Alcide voit d'un mauvais oeil la concurrence dans le secteur bancaire.
Alcide est libéral...pour les autres.

Wednesday, March 23, 2005

A l'attention des successeurs incultes d'un négociant en Cognac*

Aucun des ronds-de-cuir suffisants aux commandes de ce machin inhumain qu'est l'"Europe de Bruxelles" ne serait capable de répondre à la question première, celle de savoir pourquoi il faut une "Union Européenne". Mon opinion est qu'il n'en faut pas, et qu'elle est en contradiction avec le génie de l'Europe. Mais si ces médiocres étaient autre chose que des harengs saurs, il nous expliqueraient sans doute que s'il faut "faire l'Europe", c'est parce que Locke et Montesquieu ont dialogué à travers les âges; parce qu'à Wagner a répondu Verdi; parce que Rubens a peint pour les Habsbourg de Madrid; parce que le chevalier Gluck a fait la tournée des cours européennes; parce que Voltaire a joué les conseillers du prince avec Frédéric de Prusse; parce que Faust a été traduit par Nerval; parce que le plus grand compositeur anglais était allemand, et le chef de file de l'école anglaise du portrait, flamand; parce que Galilée, Képler, Copernic et Newton travaillaient dans un même but; parce que les mêmes croisées d'ogives rythment le paysage architectural de Valladolid à Westminster et de Milan à Cologne en passant par Chartres et Beauvais; parce qu'à Luther ont fait écho des réformateurs français, à Monet des impressionistes italiens, à Heine et Novalis des romantiques tchèques et espagnols; parce que des universités du même genre ont été fondées à Bologne, à Paris, à Salamanque et à Oxford ...
Elle était où, la Turquie, pendant ce temps-là? Qui sont les poètes romantiques turcs? Qui est le Chopin turc? Comment les réformes de Luther ont-elles été accueillies là-bas? Quelle est la contribution des savants turcs à la décomposition spectrale de la lumière et à la mécanique des astres? Les philosophes politiques turcs se sont-ils préoccupés de l'habeas corpus et de la séparation des pouvoirs? Avez-vous déja vu un opéra turc? Une exposition sur la peinture baroque turque?
-Mais, mon cher Monsieur, la Turquie "aspire" à l'Europe...
-Etes-vous bien certain du "à"?
-Allons, n'éludez pas la question avec de mauvais jeux de mots.
-Eh bien je vous dirai qu'elle n'est pas la seule, que Tokyo regorge de grands couturiers et de restaurants français, que Buenos-Aires n'est peuplée que d'Européens et ressemble comme deux gouttes d'eau à Barcelone, et que si les institutions, la mode, la cuisine et les sports Européens ont du succès dans la terre entière, ça n'est pas une raison suffisante pour que l'Union Europénne soit une sorte de CMU ou de RMI accessible à tous et à n'importe qui.
*:Note aux ignares: Jean Monnet était négociant en Cognac. On serait bien en peine de trouver dans ses mémoires une seule ligne convaincante nous expliquant pourquoi il faut absolument "faire l'Europe". Ce qui ressort de ce texte, c'est que ce monsieur aimait beaucoup les organisations bureaucratiques, les meetings interministériels et autre sommets. En matière de visionnaire, on fait mieux.

Friday, March 11, 2005

Brutal réveil

Les enfants de bobos qui sont allés manifester contre la réformette Fillon ont eu un avant-goût de la vie telle qu'elle se déroule de l'autre côté de la ligne de front. Terrorisés par la ratonnade anti-blancs perpétrée par les gangs de banlieue qui se sont plaisamment comportés comme les loubards du GUD et d'Occident il y a trente ans, ils ont perdu leur sang-froid, de sorte que l'on peut lire dans la presse boboe des choses inouïes. Le Monde écrit ainsi que "Beaucoup de jeunes d'origine africaine s'en sont pris à des lycéens "blancs". Il faut rester prudent mais il y a très probablement une dimension raciste à ces agressions", explique une source policière, constat partagé par les journalistes du Monde présents sur place. "
Et l'AFP renchérit:
Lors des manifestations du 15 février et de mardi à Paris, des journalistes de l'AFP ont assisté à une quinzaine d'agressions -souvent à coups de pied et de poing- commises, dans leur majorité, par de jeunes garçons d'origine AFRICAINE contre des jeunes filles et des jeunes gens BLANCS pour leur dérober leur téléphone portable.

En d'autres termes, quand ce sont les enfants des gauchistes sur lesquels on cogne, le racisme anti-blanc, soudain, ça existe. Et Le Monde se transforme en mauvaise copie de Rivarol et autres SOS-France. Etrange, n'est-ce pas?

Un peu de cohérence, messieurs, puisque vous nous avez expliqué qu'il n'y avait qu'un sentiment d'insécurité honteusement exploité par la presse de droite, et que le seul problème était le retour de la bête immonde. Il est vrai qu'un coup de barre de fer sur la tête, ça fait plus de mal qu'un prof de fac qui dit que les historiens ont le droit de discuter des chambres à gaz. Mais il n'y a que les petits blancs aigris -- et non éclairés par un quotidien du soir de référence -- pour accorder plus d'importance aux contusions qu'aux arrières-pensées.

Je comprends votre frustration: voilà vingt ans que vous distribuez l'argent du contribuable aux "cités" et au "milieu associatif" et ils vous remercient en tabassant vos mômes. Tss...pas très poli, pourquoi ne se contentent-ils pas de continuer à brûler les voitures des contribuables en question? D'autant que dans ce cas précis, il n'y avait ni racisme, ni malveillance, juste une réaction bien légitime face à l'intolérance et aux discriminations de la société française, c'est bien ce que vous écrivez quand les voitures des beaufs de banlieue crament ("une tradition du nouvel an", si j'ai bonne mémoire), n'est-ce pas?

Vous écriviez, il y a tout juste un an, qu'il n'y a que les noirs, les juifs, et les maghrébins pour être victimes de racisme en France. Qu'elle était belle votre indignation face aux 817 actes racistes recensés (sur 16 000 000 de délits). Dont 94 "'injures racistes", pas plus pas moins. Vous avez déjà mis les pieds dans un lycée autrement que pour y embrigader les élèves dans vos manifs?

On peut espérer que ces bons coups de barre de fer vont remettre quelques idées en place. Que les jeunes bobos se rendent compte qu'il y a des problèmes plus importants que la supression des "travaux personnels encadrés". Que l'on cesse de désigner la guérilla des banlieues par de doux euphémismes ("incivilités", j'ai encore lu sous la plume d'un imbécile que la racaille avait "terni" les manifestations) et de cracher sur ses victimes. Que l'on comprenne qu'il est inutile de céder au chantage et de verser des tributs au "milieu associatif" pour "éviter l'explosion sociale".

Que l'on ne s'étonne pas que les CRS se lavent les mains en rigolant alors qu'on est les premiers à les traiter de SS à la moindre bavure. Les victimes des tabassages auraient été les premiers à tout casser si les flics avaient assomé un "jeune des quartiers en difficulté". Pourquoi risquer une nouvelle affaire Malik Oussekine pour défendre ceux qui font leurs choux gras de telles incidents?

On pouvait difficilement rêver d'une meilleure leçon. Le bourgeois de gauche condescendant et sûr de lui, qui se retrouve soudain dans la peau d'un smicard, devant assurer sa survie face aux gangs tribaux, n'a plus qu'à ravaler ses contradictions. Soit il se laisse tabasser par les pauvres jeunes qu'il a arrosé d'argent au nom du social, et qui malgré ça ne rêvent que de lui faire la peau. Soit il va implorer la protection des CRS qu'il conchie depuis toujours, pour que ceux-ci fassent précisément ce pour quoi il les conchie, c'est à dire cogner sur des noirs et des arabes et en embarquer pour délit de faciès. Soit il s'organise en milice d'auto-défense comme le dernier redneck du Michigan. C'est vraiment trop drôle...

En attendant que votre situation soit sérieusement compromise, amis gauchistes, vous pouvez surfer sur ce kit de survie; le genre de site que vous voulez faire interdire...

Sunday, March 06, 2005

Le socialiste et le tragique de la liberté

Le socialiste, qui ne croit pas en l'individu autonome et unitaire, est fort logiquement incapable de considérer que la situation d'une personne puisse être le résultat de ses choix passés. Il n'admet donc pas que l'on puisse laisser aux gens leur liberté avec comme corollaire la responsabilité de leurs actes. Le socialiste est gorgé d'amour et de compassion pour les "plus démunis" dont il considère par ailleurs qu'ils sont incapables de faire un choix correct pour eux-mêmes et leurs enfants. Sans l'Etat pour le prendre en main, le "plus démuni" refusera de "se former", "d'éveiller ses enfants à la culture",de se "constituer une couverture maladie", d'"épargner pour sa retraite", etc. Le socialiste rétorquera qu'il n'en a "pas les moyens", ce qui est parfois le cas, mais dans son esprit cela inclut également les cas où ce manque de moyens résulte des choix passés du même individu.
Les "familles monoparentales" ont droit à la sollicitude toute particulière du socialiste; d'une part parce que pour lui, la famille sans homme est celle de l'avenir, d'autre part parce qu'elle est fragile et dépendante et donc un terrain idéal pour que le socialiste exerce son altruisme. Celui-ci s'interdit tout d'abord de se demander pourquoi la famille est "monoparentale", et pourquoi le nombre de ces familles augmente. A l'heure de la contraception et de l'avortement, nulle n'est obligée d'avoir un enfant hors mariage. Une grande partie de ces personnes sont donc responsables de leur situation. Mais pour le socialiste, le "plus démuni", plus proche de l'animal que de l'homme, est ontologiquement incapable de prendre une décision raisonnable, et n'a pas à être pénalisé pour ses décisions déraisonnables. Qu'inversement, ces familles "monoparentales" puissent être des réponses parfaitement rationnelles à la brochette d'allocations associées à cet état, notre socialiste ne veut pas en entendre parler non plus, bien qu'il se flatte sans doute en privé de rendre ces femmes autonomes et de les affranchir de l'oppression machiste en les condamnant à l'assistanat perpétuel. Avant que le socialisme ne régisse notre vie quotidienne, les parents n'avaient de cesse que leur fille se marie pour éviter ce genre de désagréments. Depuis, la société a évolué, mais on peut supposer qu'une personne responsable envisage de se marier ou de s'assurer les ressources suffisantes avant d'avoir un enfant. Le socialiste n'accepte pas qu'on soit "dans la merde" parce qu'on a fait "une connerie". Donnons donc de l'argent à ceux qui ont fait une connerie, et faisons semblant de nous étonner que les gens en fassent de plus en plus.
Le socialiste est également très concerné par la "fatalité de la pauvreté". Il est vrai qu'il vaut mieux être né dans une famille riche que dans une famille pauvre. Tout comme il vaut mieux être né travailleur que paresseux, habile de ses doigts que maladroit, intelligent que bête. Et cette "inégalité de destin" est insupportable au socialiste. C'est pour cela qu'il donne beaucoup d'argent aux familles pauvres. Mais ça ne suffit pas, puisque comme chacun sait, elles sont incapables de faire des choix corrects. Il est donc très important que leurs enfants soient éduqués dans un cadre collectif favorisant la "mixité sociale", et non pas dans la famille où ils hériteront des tares de leur parents: alcoolisme, fainéantise, violence conjugale...Le socialiste croit dur comme fer que seul le cadre collectif est propice à l'éducation des enfants pauvres, l'explosion de la violence scolaire devant sans doute être imputée au milieu familial qui, comme chacun sait, est chaque jour plus étouffant.
A la crèche, donc, dès le plus jeune âge (car c'est là que "tout se joue"), à l'école ensuite, au centre aéré pendant les vacances scolaires (vacances scolaires qui perpétuent les inégalités car les enfants passent du temps dans leur famille, mais qui sont un mal nécéssaire pour gérer le "malaise" du corps enseignant), sans oublier l'assistante sociale qui vient aider les enfants à faire leurs devoirs...Bref, l'idéal est que les enfants passent le plus clair de leur temps en collectivité, et pas avec leurs parents. Mais alors, la vie de ces parents est exactement comme si...ils n'avaient pas d'enfants? Avec comme seule différence le fait qu'ils touchent les précieuses zallocations. De là, il n'y a qu'un tout petit pas à faire pour conclure qu'au lieu de dépenser tant d'argent en allocations et en prise en charge pour éviter que les enfants pauvres ne vivent dans leur famille, on pourrait tout simplement interdire aux pauvres de faire des enfants. La situation serait exactement la même, sauf qu'il y a des enfants (pauvres) qui ne seraient pas nés, mais on voit mal pourquoi ce genre de considérations interviendrait alors qu'elles passent à la poubelle lorsqu'il s'agit d'encenser des progrès sociaux comme l'avortement.
Nos socialistes taxeront sans hésiter de nazi quiconque prétendrait interdire aux familles pauvres de faire des enfants, et pourtant ils essayent dans l'idéal de répliquer une situation presque identique au moyen d'une batterie très coûteuse de subventions et d'allocations, qui par ailleurs incitent ces familles à faire beaucoup d'enfants dont on ne veut surtout pas qu'elles s'occupent.
Le socialiste est incapable d'assumer le tragique de la liberté: que des situations inégales résultent des libres choix inégaux de personnes inégales. Mais il ne reconnaîtra jamais que c'est par conséquent l'abolition de cette liberté qu'il prône.