.comment-link {margin-left:.6em;}

Zek II: L'exil intérieur

Thursday, April 28, 2005

Technocrassie

Technocrassie 1970

Le Français-type vit dans un grand ensemble de dix-huit étages, entouré de pelouses proprettes. Son appartement dispose d'un vide-ordures et est le même que celui des autres Français-types. Il utilise sa voiture pour tous ses déplacements, qui prennent peu de temps car le territoire est quadrillé de belles autoroutes, sur lesquelles il roule à 160 km/h. Son électricité est à 100 % d'origine nucléaire. Le dimanche, il regarde Mireille Mathieu à la télévision et le tiercé commenté par Léon Zitrone. Il travaille dans un grand groupe industriel dont l'Etat est actionnaire à 54 %. Son avancement se fait à l'ancienneté. Il a appris à boire et à fumer au service militaire, grâce à la piquette du Languedoc et aux cigarettes de la SEITA distribuées gratuitement. Il a appris la grammaire, l'orthographe et l'arithmétique à l'école, que les Gaulois sont ses ancêtres et que Sully était premier ministre de Henri IV. Le 14 juillet, il va danser après avoir agité quelques drapeaux bleu-blanc-rouge. Il paye des impôts pour ravaler les monuments historiques, pour que la Comédie-Française monte Le Cid et Le Bourgeois-Gentilhomme, et que Cartier-Bresson expose à la maison des Jeunes et de la Culture. L'ORTF lui explique que la France rayonne dans le monde, grâce au Québec, aux explosions nucléaires de Mururoa, aux subventions agricoles et aux pots-de-vins d'Elf et Total. Les rapports de la Cour des Comptes veillent sur son porte-monnaie. Les grands commis de l'Etat sont intègres et il ne souhaite qu'une chose: que ses enfants en soient, après avoir passé avec succès les concours idoines. En Mai, il admire les starlettes du festival de Cannes dont on parle dans Paris-Match.

Technocrassie 2005

Le Français-type vit dans un pavillon aux normes, au pied d'une éolienne de deux cents mètres de haut. Lorsqu'elle s'arrête, il jette le beurre et le lait de son réfrigérateur avant qu'ils ne rancissent, en les triant sélectivement. Une directive européenne lui interdit de cueillir les fleurs qui poussent dans son jardin. Pour se rendre à son travail -- il est fonctionnaire dans une collectivité locale -- il marche un kilomètre jusqu'à l'arrêt du tramway qui le mène dans le centre-ville. Tous les jours il célèbre la journée mondiale de quelque chose de bien, comme la paix, ou de quelque chose de mal que tout le monde s'accorde à combattre, comme le changement climatique. Il le fait en arborant un petit calicot ou en se rendant à un concert pop où officient des artistes sexagénaires. Il surveille ses pensées de peur qu'elles ne soient racistes ou xénophobes. Il paye des impôts pour renforcer la solidarité, pour que les jeunes puissent faire la fête et peindre des fresques sur les murs. Le 14 juillet, il se brasse socialement en profitant du métro gratuit pour aller à Paris-Plage. La France rayonne dans le monde, parce qu'elle dit du mal des Etats-Unis et du libéralisme et prône un impôt mondial pour financer l'amour et la compassion. A l'école il a appris la "citoyenneter" et "l'accord du participe passer" suivant les nouvelles méthodes pédagogiques. Et aussi qu'il est entouré d'ennemis: les délocalisations, le libéralisme, l'homophobie, le gaz carbonique, les piscines non cloturées, les radars automatiques, le communautarisme, les laboratoires pharmaceutiques, le négationnisme...

Tuesday, April 12, 2005

Réflexions sur l'hydre éducative

Commençons par une remarque simple: l'Education Nationale est un des piliers de la dictature. Ni en tant qu'électeurs, ni en tant que parents, ni en tant que contribuables, les citoyens n'ont le moindre mot à dire sur qui enseigne quoi à leurs enfants et comment. Le dinosaure est "autogéré", ou plutôt autodégénéré, par les syndicats, et tous les ministres qui ont voulu y changer quelque chose ont sauté, sans exception. Constatons ensuite qu'en quelques décennies, les syndicats sont parvenus à transformer l'école en un temple de la démagogie, de la fainéantise et de la médiocrité, qui produit des proportions croissantes d'I3 (illettrés, d'incompétents et d'ignorants). Ce qui soulève deux questions: s'agit-il d'une évolution voulue par eux ou de la conséquence inévitable d'une gestion imperméable au mérite et à l'efficacité? Et quelles sont les conséquences sur l'évolution ultérieure de la société?
En ce qui concerne cette seconde question, les gens devraient avoir naturellement tendance à se passer de l'école. S'ils y mettent leurs enfants, ce n'est pas parce qu'ils adhèrent à ce qui s'y passe, mais, d'une part, parce qu'ils ne savent pas qu'en faire, et, deuxièmement, parce qu'ils veulent que leurs enfants soient "socialisés" (à tous les sens du terme), c'est à dire "comme les autres". En d'autres termes, je mets mes enfants à l'école parce que les autres y mettent leurs enfants. Mais bien entendu, cela a des limites: plus l'école est inutile et dangereuse, plus il est envisageable de s'en passer. L'aspect garderie ne vaut que dans la limite des horaires scolaires et est bien entendu affecté par les multiples grèves qui contraignent beaucoup de parents à traîner leurs mômes toute la journée sur leur lieu de travail. L'aspect connaissance peut, de plus en plus, être remplacé par des supports divers, livres, CD, DVD, Internet, revues spécialisées (on assiste d'ailleurs à une véritable explosion de celles-ci), et implication directe des parents. Un groupe de parents avec un niveau, mettons, BAC+3, pourrait très facilement créer une école parentale en se relayant pour donner des cours à leurs enfants. Cela irait beaucoup plus vite, les enfants progresseraient à leur rythme, les matières sans grand intérêt pourraient être éliminées, ainsi que les doublons (du style sport dans un club + sport à l'école). Il en résulterait une formidable libération de temps qui permettrait aux enfants de s'épanouir ou de se consacrer à des activités véritablement créatrices. (Ou alors de devenir obèse en regardant la télé -- dans ce cas, tant pis pour eux! Et il reste toujours l'option de les remettre à l'école publique pour y apprendre à survivre dans la jungle collectiviste.)
Les nouvelles technologies de l'information devraient permettre d'étudier la plupart des matières à peu de frais, sur des supports interactifs. Des outils comme google, les forums de discussion, permettent désormais d'obtenir la réponse à n'importe quelle question en un temps très faible.
On peut donc parfaitement concevoir une mort lente du dinosaure, par désertion graduelle de ses clients. Chaque année, on constaterait une baisse du nombre d'élèves par professeur, et l'on pourrait supprimer quelques postes, jusqu'à l'enterrement définitif du fossile.
Oui mais le SNES veille! Comment le dinosaure envisage-t-il de survivre à sa propre obsolescence? En se rendant indispensable. Et il n'y a rien de plus facile: il suffit de rendre obligatoire l'obtention de tel ou tel diplôme d'Etat à l'exercice d'une profession, pour contraindre les impétrants à passer par le moule médiocrate de l'Education Nationale. Ce n'est donc pas un hasard si, de plus en plus, pour avoir le droit de faire quelque chose, il faut un diplôme. Attendons-nous donc à une inflation de diplômite, d'autant plus aigü que le dinosaure périclite.
Ce qui nous ramène à la première question: si la dégradation de l'enseignement nuit aux syndicats d'enseignants, pourquoi ceux-ci l'ont-elle orchestrée? Une réponse fréquente, et naturelle, est l'égalitarisme forcené de ces gens: puisqu'on ne peut pas faire en sorte que les mauvais soient bons, faisons en sorte que les bons soient mauvais. C'est ce qu'on aurait tendance à penser lorsqu'un directrice d'école vous affirme d'un enfant qui a 20 partout qu'il est "inadapté à l'école", ou qu'un psychologue du régime pense qu'il faut "réduire son niveau en vocabulaire" parce qu'un trop bon niveau de langue prouve un surinvestissement maternel...Le nivellement par le bas permet de détruite toutes sortes de valeurs de droite: l'émulation, la compétition, la volonté de faire de son mieux, le travail, etc.
Un autre aspect des choses, est que l'on demande aux élèves d'adhérer (à la citoyenneté, à la solidarité, à l'Etat, à l'antiracisme officiel, au système d'extorsion généralisé, à la fête de la musique, au tri des ordures, au développement durable, à Paris-Plage, à l'Europe, à l'étatisation de la santé, de la culture, du logement...) et moins ce à quoi on doit adhérer résiste à l'examen, plus il est important de priver les élèves des outils intellectuels qui leur permettraient de se livrer à un tel examen.
D'où un cercle vicieux: Chaque fois que le désastre est un peu plus évident, il faut donner un tour de vis à la propagande pour anesthésier l'esprit critique. Et chaque tour de vis de la propagande, chaque lavage de cerveau supplémentaire en lieu et place d'un apprentissage de la pensée, accroît un peu plus l'ampleur du désastre.