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Zek II: L'exil intérieur

Sunday, February 26, 2006

Quel est le sens de la manifestation « pour Ilan » ?


Pourquoi manifeste-t-on ? En général, pour revendiquer, c'est-à-dire pour envoyer un message, dont le destinataire a le pouvoir d’agir sur la réalité. La CGT ne manifeste jamais pour des prunes, elle exige, elle réclame, elle lance des ultimatums ; certes, elle désire aussi compter ses troupes et vérifier son pouvoir de mobilisation, d’ailleurs bien affaibli. Mais, même dans ce cas, il y a un objectif : retrait de telle loi, hausses de salaire, etc. Elle manifeste contre le gouvernement, qui peut retirer les lois, ou contre le patronat, qui peut augmenter les salaires.
Même la très exhibitionniste « Gay Pride » avec ses chars de Carnaval, ses tortillages de fesses et ses pastiches d’évêques et de bonnes sœurs (qui devraient donner lieu en bonne logique à moultes émeutes, ambassades brûlées, et excuses contrites de hauts dignitaires internationaux), comprend un volet revendicatif : homo-mariage, homo-parentalité, homolympiques, homopatinage artistique…
Lorsque l’establishment défile à la suite d’un crime atroce, comme il s’en commet facilement toutes les semaines dans l’indifférence générale, pour lancer des protestations génériques contre le racisme, l’antisémitisme, et « les clichés », à qui s’adressent ces gens ? Comment une élite qui détient le pouvoir peut-elle descendre dans la rue pour revendiquer ? Qui est le destinataire de ces revendications, et comment pourrait-il y répondre puisque cela incombe précisément à ceux qui revendiquent ?
On manifeste contre le racisme après nous avoir affirmé que le meurtre d’Ilan est raciste. Cela est parfaitement plausible. On peut parier que les racailles qui l’ont torturé sont gorgés de la propagande d’Al-Manar et d’autres vecteurs de la haine, et, tant qu’à faire, préfèrent passer leurs instincts barbares sur des juifs. Mais on n’en a pas l’ombre d’une preuve. Et, dans un cas pareil, on voit mal en quoi cela peut améliorer les choses de crier sur les toits que ce gang (à dominante musulmane, semble-t-il) est antisémite. D’autant que de jeunes juifs organisés en milice crient vengeance et ont attaqué des arabes innocents. L’establishment est-il irresponsable au point d’attiser les haines entre communautés à propos d’une affaire qu’on pourrait lentement enterrer et dont on peut supposer qu’elle est avant tout crapuleuse ?
Puisque la manifestation ne peut pas être revendicative, c’est qu’elle n’est qu’une mise en scène. Cette mise en scène s’adresse à l’opinion publique, et a pour but de lui faire avaler un certain nombre de mensonges.
Premier mensonge : le meurtre d’Ilan vaut ou non qu’on s’en indigne selon qu’il est antisémite ou non. Qu’Ilan soit juif ou non, que ses meurtriers soient racistes ou de simples brutes décérébrées, il n’en reste pas moins qu’un homme, un de plus dois-je dire, a été ignoblement torturé et laissé agonisant au Paradis des droits de l’homme et du modèle social.
Second mensonge : parce que l’establishment s’indigne, l’establishment est dans le Camp du Bien, donc ni responsable, ni coupable, de la mort d’Ilan. Et l’establishment le prouve en manifestant contre les « vrais coupables », c'est-à-dire pas même la raclure qui se terre au fond de la Côte d’Ivoire, mais les abstractions habituelles : « l’Intolérance », « le Racisme », « l’Antisémitisme », « les Préjugés », et « les Discriminations ».
Plus on parlera des préjugés et des discriminations, moins on insistera sur le fait qu’une bande de barbares extrêmement dangereux, connue des services de police, ce qui signifie qu’une partie de ces lascars ont déjà été condamnés pour des crimes sans doute pas jolis à voir, peut opérer en toute tranquillité, avec de nombreux complices, alors que les faits ont montré que l’on peut les coffrer en moins d’une semaine.
Il n’est pas du pouvoir de l’Etat de faire en sorte que les gens soient racistes ou non, et ça n’entre même pas dans ses attributions ; et ce n’est pas avec la récupération exhibitionniste de l’affaire Ilan par l’antiracisme officiel que le racisme reculera. Au contraire. Les milices juives crient vengeance, tandis que les non-juifs qui n’ont pas oublié les deux ou trois crimes atroces qui ont ponctué le début des émeutes, et qui ne sont pas inhabituels, se demandent pourquoi la vie d’un juif vaudrait plus que la leur. L’establishment le sait, mais il est prêt à faire payer ce prix à la population. Parce que le peuple ne doit pas voir l’évidence, qui est la faillite criminelle du régime, son incapacité à maintenir l’ordre et son bradage de l’Etat de droit, d’où découlent la corruption, l’extorsion et la barbarie, et donc, par réaction, les solidarités mafieuses et communautaristes, germes de la sédition et de la guerre civile. C’est cela qui mérite qu’on s’en indigne, qu’on manifeste et qu’on revendique, et c’est pour éviter cela que ceux contre qui nous devrions manifester descendent dans la rue, par une nouvelle inversion obscène, pour agiter sous nos yeux le chiffon usé de l’antiracisme avec toutes ses vieilles ficelles, afin que le peuple ébahi donne une nouvelle fois dans le panneau, comme il l’a fait lors de la Carpentras Pride, et signe un nouveau chèque en blanc pour éponger la faillite morale de cette élite, au motif qu’avec ses bons sentiments à deux balles qu’elle nous rappelle bruyamment, elle ne peut avoir trempé dans le meurtre d’Ilan. Combien de temps continuera-t-on à gober cet alibi d’autant plus pourri que c’est au nom de la même sensiblerie qu’on laisse opérer tranquillement des milliers de canailles du même calibre que les assassins d’Ilan ?

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