.comment-link {margin-left:.6em;}

Zek II: L'exil intérieur

Thursday, February 09, 2006

Un nouvel ennemi intérieur

Nous avons un nouvel ennemi intérieur que j'ai jusqu'ici négligé, d'une part parce que je sous-estimais son influence, d'autre part parce que j'étais marginalement d'accord avec lui sur un ou deux points, sans toutefois partager ses vues extrêmes: il s'agit de la "droite religieuse américaine".
J'ai déjà mentionné, sans le citer, ce livre qui décrit l'univers proprement orwellien des manuels scolaires américains, où ne figurent plus que des fictions insipides d'où toute référence culturelle, ainsi que toute référence à la nature humaine, est bannie. On y lira qu'il est impossible de parler d'une chouette car c'est un animal tabou dans telle culture amérindienne. Qu'il n'y figure aucune mère, pour éviter les stéréotypes sexistes. Que les handicapés doivent faire de l'alpinisme et les personnes âgées du jogging, pour éviter le même genre de stéréotypes. (On notera, comme le fait remarquer Pinker dans un récent ouvrage, que si les stéréotypes existent, c'est parce qu'ils rendent compte d'une réalité, en la stylisant, bien entendu. La négation du stéréotype équivaut bien à une négation de la réalité).
On reconnaît bien là l'influence castratrice du lobby fémino-politiquement correct. Mais on apprend dans ce livre qu'il ne doit pas plus être question de dinosaures ni de parents qui pourraient, même à tort, être vus par les élèves comme célibataires. Et l'auteur nous affirme qu'on peut y voir le sceau de la droite religieuse. Les dinosaures sont offensants pour les créationnistes, et le divorce est offensant pour les chrétiens traditionnalistes. Pas de dinosaures, donc, dans les manuels scolaires. Mais pas mal de dinosaures, en revanche, dans les boards de censeurs chargés de les passer au crible de leur bigoterie.
Pour imposer cette double oppression, nazo-gauchistes et dévots marchent main dans la main. Je t'ai soutenu pour interdire ce texte où une femme ressent des émotions, soutiens-moi pour mettre à la corbeille ce fragment de littérature paléontologique. Les dévots -- tels Hitler et son pacte Germano-Soviétique, si l'on me passe cette comparaison quelque peu usée -- n'hésitent pas à s'allier avec les totalitaires de l'autre bord pour tordre le cou plus efficacement à la liberté.
La lamentable attitude de l'administration US dans l'affaire des caricatures ne fait que confirmer cette observation. Les ultras-religieux, dans le but d'imposer leurs vues, n'hésitent pas à soutenir les islamistes bien que leur objectif explicite soit la destruction de l'Occident et, avec lui, de ce qui reste de la chrétienté. La raison, la liberté, l'égalité des droits, y passent à la trappe par la même occasion. On est donc en droit de se demander ce qui sépare ces fondamentalistes américains de leurs confrères talibans: une différence de degré dans l'usage de la violence peut-être?
L'Europe -- et quand je dis l'Europe, ce n'est que la fraction qui ne crève pas de trouille au point de céder aux fatwas des assassins, au mieux 30 % des médias et 5 % de la classe politique -- se retrouve à nouveau seule face au fanatisme. Et l'on sait qu'elle ne s'en est jamais trop bien sortie...

Links to this post:

Create a Link

<< Home